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« Je suis partie brusquement, en cours d’année, en rompant mon engagement dans l’Éducation nationale, avec le consentement de ma mère, d’ailleurs. Un mois après, j’étais en Angleterre, je travaillais au pair dans une famille de la banlieue de Londres, à Finchley. J’étais dans un grand vide, avec une impression profonde d’échec. Le matin je faisais du ménage mais l’après-midi j’étais désœuvrée. Au lieu d’apprendre l’anglais, je lisais tant et plus, uniquement de la littérature française contemporaine. Il y avait à la bibliothèque publique de Finchley un rayon de livres français. Le Nouveau Roman, dont j’ignorais tout, y était très représenté. Je ne me souviens pas exactement quand, comment, le désir m’est venu, en somme, d’en faire autant, d’écrire un roman, puisque, comme je l’ai dit, je n’ai plus mon journal intime de cette année-là. Simplement, je me revois commençant d’écrire un dimanche dans un jardin public de West Finchley, à la fin août. » (Le Vrai lieu, Gallimard, p. 59)