FOOTNOTES

 

1. CSU Professeure en Études Françaises à Eastern Connecticut State University (USA), ma recherche porte principalement sur les écrivaines contemporaines. J’ai publié maints articles et six livres: Un passé contraignant, double bind et transculturation (2000) sur Annie Ernaux, Agota Kristof et Farida Belghoul, Linda Lê, l’écriture du manque (2006), Annie Ernaux de la perte au corps glorieux (2011), Paroles d’auteurs jeunesse : Autour du multiculturalisme et des minorités visibles (2013), Un appelé dans la guerre d’Algérie, témoignage photo-textuel (2016) et Récits contemporains d’endeuillés après suicide: les cas Fottorino, Vigan, Grimbert, Rahmani, Charneux et Delaume (2018). 

 

2. Annie Ernaux, c’est comme Obélix et la potion magique, je suis tombée dedans quand j’étais petite, ou du moins, même pas sortie de mes études de Masters. Mon premier article, paru en 1995, portait déjà sur les lieux.

Quel est mon vrai lieu, à moi la chercheuse qui retourne sur des lieux où elle n’est jamais allée ? qui superpose dans sa tête les images de sa Normandie à celle d’Annie Ernaux, alors que le pays de Caux n’est pas le Cotentin et que ma mère est de sa génération – elles ont six mois d’écart, l’une née avant, l’autre après la défaite de 1940.

Le « vrai lieu » de la critique est à rebours de celui d’Annie Ernaux. Ainsi, Cergy est pour elle un lieu vécu puis écrit ; pour nous, critiques, c’est d’abord un lieu lu puis visité.

3. Pour une représentation visuelle de ces lieux par Annie Ernaux, je renvoie le∙la     visiteur∙euse à Écrire la vie (Gallimard), Retour à Yvetot (Mauconduit) et L’Autre fille (NiL).

4. J’avais d’abord souhaité inclure la photo présentée ici dans mon livre (où j’en discute pp. 44-45), puis j’ai consulté Annie Ernaux et finalement décidé de ne reproduire que l’inscription. Ceci pose bien sûr la question de la liberté de la critique d’un.e écrivain.e vivant.e et celle de l’auto-censure. 

5. Pour une discussion de la signification de cette robe, de cette photo, voir mon article “ph-auto●bio●graphie écrire la vie par des photos (Annie Ernaux)” (Women in French Studies, 2013).

6.  J’emprunte bien sûr ce terme à Fabrice Thumerel et son livre Annie Ernaux, une œuvre de l’entre-deux. Arras : Artois Presses Université, 2004.

7. « [S]i on me pousse dans mes derniers retranchements, c’est tout de même là [l’écriture] où j’ai l’impression d’être le plus. Mon vrai lieu » (Le Vrai lieu, p.111).

8. Certains plus ouvertement que d’autres, ainsi Nancy K. Miller dans « Memory Stains: Annie Ernaux’s Shame » (A/B : Auto/Biography Studies, 1999), Lyn Thomas dans la dernière partie de son livre Annie Ernaux, à la première personne (Stock, 2005), Michèle Touret dans « Ce que disent les chansons » (présenté au colloque de Fribourg en 2010), Christian Baudelot dans « Annie Ernaux, sociologue de son temps » (présenté au colloque de Cerisy en 2012) et Anne Coudreuse dans « La honte comme ‘vérité sensible’ de la domination » (présenté au colloque de Cergy en 2014).

9. Ce tableau, reproduit ici, The Abortionist’s Studio, a été réalisé sur ma demande en 2013 par l’artiste roumano-américaine Blanche Şerban (http://serban-art.com/).

10. Réalisée de décembre 1976 à décembre 1978 – donc après l’arrivée d’Annie Ernaux à Cergy – et d’abord l’objet d’un rejet esthétique, la tour 3 M apparaît maintenant « comme un lieu de mémoire de Cergy » (Anne Charlotte de Ruidiaz, « Le projet 3m France de Cergy-Pontoise : du ‘tas de rouille’ à l'édifice patrimonial », Ethnologie française 2003).

11. Dans Regarde les lumières mon amour, elle écrit naturellement une « femme noire » (21), puis questionne son choix de mots dans un aparté mis entre crochets : « [Dilemme. Vais-je ou non écrire ‘une femme noire’, ‘une Africaine’ – pas sûr qu’elle le soit – ou seulement ‘une femme’ ? Je suis devant un choix qui, singulièrement aujourd’hui, engage la lecture qui sera faite de ce journal. Écrire ‘une femme’, c’est gommer une caractéristique physique que je ne peux pas ne pas avoir vue immédiatement. C’est en somme ‘blanchir’ implicitement cette femme puisque le lecteur blanc imaginera, par habitude, une femme blanche. C’est refuser quelque chose de son être et non des moindres, sa peau. Lui refuser textuellement la visibilité. Exactement l’inverse de ce que je veux faire, de ce qui est mon engagement d’écriture : donner ici aux gens […] qui hantent le même espace que moi l’existence et la visibilité auxquelles ils ont le droit » (21-22). 

12.Le discours de remise de diplôme prononcé par Pierre-Louis Fort, maître de conférences à l’Université de Cergy-Pontoise et co-organisateur du colloque de Cergy, est disponible sur le site mis en ligne par les autres spécialistes ernaliennes que sont Élise Hugueny-Léger et Lyn Thomas (https://www.annie-ernaux.org/fr/les-lieux-dannie-ernaux/cergy-2/). Ce site, créé avec l’aval et la participation d’Annie Ernaux, est une formidable ressource pour les chercheur.e.s et donne accès à quatre lieux (Cergy, Finchley, Venise et Yvetot) mais dans une perspective fort différente de celle adoptée ici.